Petit retour sur le trek de l'Ausangate, que nous avons fait en autonomie du 4 au 8 août.
Ce trek très sauvage fait le tour du Nevado l'Ausangate, une montagne sacrée (apu) de 6385m située au sud est de Cusco, au cœur de la cordillera Vilcanota.

L'Ausangate vu de Cusco
Il s’agit vraiment d’un trek majeur à faire en raison de sa préservation (nous n’avons croisé que 3 marcheurs, leur arriero, et un vttiste (!)), son altitude élevée entre 3800 et 5100m, ses lagunes, ses villages, sources d’eau chaude et autres lamas... Il peut être parcouru entre 4 et 6 jours et nous avons choisi un programme en 5 jours afin de nous éviter les longues étapes du Huayhuash et de profiter un peu plus de chaque journée… Nous sommes arrivés à Tinke, petite ville de départ du trek, suite à nos 3 jours en van avec Margaux et Séverine. Ce trek a été fortement marqué par le froid, le vent, la neige, moins que par la couleur des lagunes.
J1 : Tinke – Upis (15km, +700, 4h30)
Nous partons tranquillement vers 8h30 suite à un bon petit dej à base de Maca, une boisson locale énergétique super bonne découverte la veille à Urcos où les filles nous avaient déposés, avec sandwich à l’avocat et au fromage !
Cette journée est plutôt sympathique et met en jambes, on est rapidement dans l’ambiance car on ne croise que des locaux, et dans le registre de départ on voit que seuls 3 personnes sont parties il y a deux jours… on suit une piste en croisant des enfants qui partent travailler (ce sont les vacances scolaires), beaucoup de motos, des vaches, des moutons, et les premiers lamas et alpacas.




La journée a été marquée par le don de Philippine de son portable aux communautés locales puis de son changement d’avis, avec comme résultat un petit aller retour, une investigation d’une heure pour le retrouver, puis une négociation à S/5 avec une éleveuse d'alpacas… suivi d’une autre négociation avec son fils qui nous disait que ce n’était pas assez cher payé ! Perturbée par la petite fille, Philippine avait laissé sa poche ouverte, le téléphone en équilibre....
Nous arrivons finalement à Upis, à 4450m après 3-4h de marche, le temps jusqu’à présent était ensoleillé mais commence à devenir nuageux avec du vent, les sources d’eau chaude ne seront donc pas pour aujourd’hui…

Nous avons payé S/10 à l’entrée du trek à un monsieur qui nous avait garanti que nous n’avons que ça à payer, pourtant un autre monsieur nous dit qu’il faut payer S/5 pour rester sur ce camping… après avoir un peu haussé la voix, il ne dit plus rien, à part que nous ne pouvons pas dormir ici et qu’il faut aller plus loin.
Qu’à cela ne tienne, on va de l’autre côté de la rivière vers les eaux chaudes et rencontrons un couple qui nous rassurent en nous disant que c’est bel et bien gratuit. Du coup, les 5 soles iront dans un bracelet fait main en alpaga… un groupe de 4 femmes vient nous tenir compagnie le reste de l’après midi. A 16h45 nous commençons à faire à manger, 17h le repas, 17h45 une petite série, et à 18h30 au lit !
J2 : Upis – Laguna Ausangatecaucha (15,7km, +720 – 500, 6h)
Un doux bruit nous réveille ce matin, celui de la neige qui tombe… on attend quelques minutes que cela s’arrête puis nous sortons, c’est saupoudré, avec d’un côté le ciel bleu, de l’autre noir…


Le temps n’arrête pas de changer durant ce début de matinée ou nous nous préparons mais finalement ça se lève !


Nous partons donc en direction de l'Ausangate qui se révèle aujourd’hui, puis les paysages deviennent rapidement magnifiques, alternant lagunes posées au pied des glaciers, troupeaux d'alpacas, maisons perdues au milieu de rien, et deux cols à passer, le premier à 4700m et deuxième à 4900m.








La dernière descente vers la Laguna Ausangatecaucha est particulièrement jolie, le regard étant sans cesse attiré par le glacier de l'Ausangate sur notre gauche, le lac en contrebas et les vallées colorées de rouge et jaune qui se trouvent en face.



Durant cette descente nous faisons une drôle de rencontre. Nous voyons monter une silhouette poussant avec peine quelque chose. Un gros sac? Une brouette ? Un… VTT ??!!!!? Et en effet il s’agit de Taneli Roininen (Gonebikefishing sur Facebook) parti de Finlande depuis 4 ans avec son vélo, et qui prend tout simplement un raccourci vers Cusco ! Son périple est tout bonnement fou, et c’est avec plaisir que nous le recroiseront à notre auberge, où il arrivera 2 jours avant nous qui sommes rentrés en bus (rappelons tout de même que nous sommes à environ 160km de Cusco!).


Nous arrivons finalement au camping. Deux enfants nous somment de payer S/.10 chacun… la prochaine nuit c’est sûr, on dort hors campement ! Nous croisons à ce campement un groupe de français avec leur arriero, ce dernier, tout sauf sympathique, nous interdit de manger avec eux dans le petit local… c’est donc dans le froid mais face au glacier que nous terminons cette journée, en nous préparant pour le col à 5100m du lendemain !


J3 : L’ausangatecaucha – camping sauvage (11.8km, +570 -610, 4h30)
Réveil blanc et très froid à 4650m.


Le soleil se lève un peu le temps de tout sécher, puis c’est fini, les nuages arrivent, pour un temps qui, nous l’espérons, durera le moins longtemps possible…


Nous passerons sans le vouloir l’essentiel de cette journée avec le groupe rencontré la veille et leur arriéré.
Nous montons vers le col « Abra Palomani » situé à 5100m à travers un chemin assez doux, mais malheureusement avec un paysage complètement bouché, et de la neige qui commence à tomber.



Ça nous rappelle fortement la cordillera Huayhuash et nous repensons, nostalgiques, aux journées à Cusco lors desquelles nous voyions impeccablement l'Ausangate, le ciel pur… Nous arrivons rapidement au col mais n'avons pas vraiment l'occasion d'admirer la vue !

Il ne fait pas chaud. Nous descendons sans attendre et passons le village de Pampacancha, avant de poursuivre vers notre campement que nous souhaitons le plus lointain possible afin d’écourter la montée du lendemain.



On croise sur notre chemin un grand nombre d'alpagas qui semblent aussi curieux que nous de cette rencontre.


Nous arrivons un campement qui semble bien équipé, mais le coût de S/10 nous pousse à trouver un lieu sauvage aux alentours qui sera gratuit.
Malheureusement, la neige commence à tomber fortement, et c’est un peu dans la précipitation que nous déneigeons un endroit à peu près plat et que nous montons notre tente !
Situation un peu inconfortable car la neige risque de mouiller l’intérieur de la tente, le duvet, le sac de couchage… nous sommes soutenus dans cette épreuve par un chien qui montera la garde durant près d’une heure, puis survient l’attente dans la toile de même pas 2m2… Nous attendons une accalmie de 10min pour aller chercher de l’eau dans la rivière toute proche.
Puis c’est l’heure du repas, il neige à nouveau, de l’eau commence à rentrer dans la tente. Système D, nous mettons un poncho sur nos duvets… On prie le dieu soleil pour le lendemain et surtout la déesse tente pour tenir cette nuit !
J4 : camping sauvage – Pacchanta (19.2km, +500 -750, 7h)
La neige qui appuie sur notre tente ne nous laisse que peu de place au doute quant à la météo de cette nuit… mais l’espoir est toujours là au moment d’ouvrir la tente, espoir vite douché par le blanc du ciel et le brouillard… malgré tout, quelques traces d’éclaircies maintiennent le suspense.



A l’intérieur, de l’eau s’est infiltrée, le poncho est trempé, nos duvets aussi, particulièrement le mien en plume… en même temps notre tente Camp Minima est une 2 saisons, on ne peut pas lui en vouloir !
Après avoir laborieusement tout replié dans la tente, c’est parti pour une ascension qui, nous le sentons, ne sera pas de tout repos.



Cette journée, censée être l’apothéose de ce trek, commence donc par l’ascension vers le dernier col, situé à 5150m. Nous partons assez tard, vers 9h30, mais ne voyons aucune trace du groupe avec l’arriéro. C’est donc seuls que nous allons faire la trace. La principale difficulté sera de faire la trace dans une neige qui pouvait atteindre 50cm, et de ne pas trop perdre le sentier. Pour cela, le GPS nous sera utile pour la première fois, puisque jusqu’à présent le sentier était assez limpide.

Arrivés aux alentours de 4800m, le vent et le froid commencent à nous mettre en difficulté : étant donné que je suis le chemin avec mon portable je ne peux pas trop mettre de gants, et les rafales rendent l’exercice vraiment inconfortable. De plus, la meteo étant bouchée, nous ne profitons même pas du principal carburant du trekkeur : le paysage.

Les derniers km jusqu’au col sont les plus durs que nous ayons faits : le froid, le vent, l’obligation de faire la trace et de chercher le moins mauvais chemin, la peur que le temps s’empire encore font qu’on se souviendra longtemps de cette journée !
Enfin, nous arrivons au col, émaillé d'une cinquantaine de cairns un peu partout, c’est sur, on l’a fait, c’est fini ! Malheureusement, ce col nous rappelle une célèbre maxime : un col peut en cacher un autre ! Le relief joue avec nos nerfs et c’est une fois arrivés sur cet autre col que nous nous rendons compte qu’il faut monter encore...
Heureusement, la météo commence à s’inverser et le soleil se montre enfin afin de nous signifier notre succès.


Nous commençons la descente qui doit nous emmener jusque demain à Tinke. Cette descente, dans de bonnes conditions, doit également être magnifique. Mais le soleil est de courte durée et passé 20 minutes le ciel recommence à devenir menaçant.


Nous surplombons de nombreuses lagunes (normalement bleues turquoises, on vous laisse juger !) et traversons 2 campements avant de nous arrêter manger notre déjeuner.





Une fois reparti, c’est maintenant la grêle qui s’invite, avec des flocons gros comme des balles de pistolets à billes ! On poursuit rapidement le chemin puis nous voyons au loin notre arrivée du jour.


On croise sur le chemin des locaux qui, eux, montent vers les lagunes pour pêcher. Pauvres pêcheurs !

Nous arrivons enfin à Pacchanta, petit village comptant des hostals et restaurants, et en profitons pour prendre une chambre (S/.15), étant donné qu’il pleut et que notre matériel est déjà trempé.

De bonnes nouilles chinoises faites au réchaud (et à la frontale) dans notre chambre, un épisode de Narcos, et nous voilà couchés à 20h.

J5 : Pacchanta – Tinke (12km, +60 -540, 2h45)
Dernière journée du trek, qui ne doit être qu’une formalité puisqu’il s’agit de 12km de descente. On prend notre petit déjeuner sommaire (thé et un pain chacun) dans une petite tienda tenue par notre hôte de 25 ans. Elle est toute étonnée de nous voir, à nos âges, sans enfant. Elle en a déjà trois et nous confie qu'il est difficile de prendre soin de trois enfants.
J’en profite quand même pour faire un tour aux eaux chaudes à 45°C (S/.5), qui font un bien fou après ces 4 jours, en compagnie d’Israéliens qui mettent des encens autour des bains dans je ne sais quel objectif…


Aujourd’hui, les 12km en paraissent 20, mais nous sommes accompagnés d’un joli canidé (que Philippine appellera « Sam » en référence à un ami fidèle, pensée à nos amis qui nous manquent) qui manifestement nous a adopté puisqu’il nous suit durant tout le trajet jusque notre bus.



Les paysages changent, de plus en plus de maisons apparaissent, puis nous arrivons jusque Tinke, oú le bus que nous souhaitions prendre est justement là quand nous arrivons.
Au revoir Sam !
BONUS : la vidéo de notre trek :